La filière industrielle des agroéquipements entre dans une troisième année consécutive de récession, avec une reprise espérée en 2027

Publié le 28 mai 2026 par Pauline BATISTA

Aujourd’hui, AXEMA a présenté son Rapport économique 2026, très attendu par les acteurs des filières industrielles agricoles et des espaces verts.

À cette occasion, Florent GUILLEMAN, président de la commission économique, directeur général d’Amazone France et David TARGY, directeur des affaires économiques et internationales d’AXEMA ont dévoilé les chiffres 2025 du secteur des agroéquipements et des espaces verts.

Le monde agricole évolue désormais dans un contexte d’urgence permanente, entre crises sanitaires, aléas climatiques, tensions géopolitiques et pression sur les coûts de l’énergie. Dans ce climat d’incertitude, les exploitations restent fragilisées, ce qui pèse directement sur leurs capacités d’investissement et sur l’ensemble de la filière des agroéquipements.

Conséquence directe : le marché français de l’agroéquipement recule de 9 % en 2025, portant la baisse cumulée à de 22 % depuis 2023. La filière entre dans une troisième année consécutive de contraction, avec une reprise désormais envisagée à horizon 2027.

Un marché en fort recul avec des niveaux historiquement bas

L'année 2025 a été particulièrement difficile pour les industriels de l'agroéquipement, notamment pour les entreprises tournées vers les grandes cultures et la viticulture.

Certains segments atteignent des niveaux historiquement bas, en particulier les machines à vendanger, les moissonneuses-batteuses et les tracteurs standards. À l’inverse, le marché des espaces verts fait preuve de résilience (+4 %), soutenu par des conditions météorologiques favorables et de la bonne tenue du segment grand public.

Le matériel d'élevage résiste également mieux, porté par des investissements dans les élevages laitiers et la modernisation des bâtiments.

Une filière résiliente… une production française portée par les exportations

La production française d'agroéquipements atteint 7,1 milliards d'euros en 2025, avec un taux d'exportation de 57 %. Alors que les ventes sur le marché national reculent de 11 % à 3,03 milliards d'euros, les exportations progressent de 4 % à 4,05 milliards d'euros, illustrant la compétitivité internationale du savoir-faire français.

Les principales zones de croissance à l’export sont : l'Afrique (+ 46 %), l'Europe de l'Est (+ 17 %) et l'Europe de l'Ouest (+ 11 %). À l'inverse, l'Amérique du Nord accuse un recul sévère de 24 % sous l'effet des droits de douane américains, et l'Asie-Pacifique chute de 30 %. À l’échelle mondiale, la Chine devient le deuxième exportateur mondial d'agroéquipements devant les États-Unis.

Malgré la crise, la France reste le premier marché européen pour le machinisme agricole et le deuxième marché pour les espaces verts.

Des perspectives de reprise repoussées à 2027

Les premières données 2026 ne permettent pas d'anticiper un redressement immédiat. Les prises de commandes ont reculé de 9 % au premier trimestre avant un léger rebond de 5 % en avril.

Les facteurs défavorables sont nombreux : pression persistante sur les revenus agricoles, hausse des taux d'intérêt, contraction du pouvoir d'achat et incertitudes géopolitiques liées au blocage du détroit d'Ormuz et à ses conséquences.

AXEMA anticipe que le marché français baissera encore pour atteindre environ 7,15 milliards d'euros en 2026, avant un rebond attendu en 2027. Deux segments affichent toutefois des perspectives plus favorables : le matériel d'élevage et les composants.

« Nous anticipons un rebond en 2027 à condition que les revenus agricoles se stabilisent et que la visibilité réglementaire s'améliore. Notre secteur a démontré sa résilience dans le passé. Nous la démontrerons à nouveau » a déclaré Florent GUILLEMAN.

L'électrification, un levier stratégique de transformation

Face à cette crise, AXEMA identifie l'électrification du machinisme agricole comme un levier de compétitivité et de transition. Une note technique publiée en mai 2026 évalue à plus de 750 000 le nombre d'automoteurs agricoles électrifiables à court terme.

Cette semaine, Annie GENEVARD, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, déclarait : « L'électrification est une voie d'avenir pour les équipements de production comme les serres, les enjambeurs et les tracteurs. Ce sera un facteur de compétitivité, de résilience et d'amélioration face aux enjeux climatiques et environnementaux. »

Delphine GUEY, directrice générale d’AXEMA souligne également que « Dans le cadre de « L’équipe de France électrification », nous avons pu partager avec le cabinet du Président de la République une note détaillant la situation, les potentiels de déploiement et les leviers pour soutenir et accélérer l'électrification du parc de machines agricoles et des serres. Les industriels des agroéquipements innovent, des solutions existent et AXEMA continuera à porter cette dynamique avec une conviction, l’électrification se construira collectivement, avec les industriels, les distributeurs, les agriculteurs, les entrepreneurs, et les collectivités locales. »